PORTRAIT DE MARCHAND
Mark Slaats
Directeur, Slaats Fine Art | Président, Asian Art in London
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Fondée en 2016 par Mark Slaats, après dix-sept années comme associé au sein du cabinet spécialisé Littleton & Hennessy, Slaats Fine Art développe une approche exigeante et transversale des arts asiatiques, de l’antique au contemporain.
La galerie accompagne collectionneurs privés et institutions dans leurs acquisitions, expertises et stratégies de collection, en s’appuyant sur une connaissance approfondie du marché international et de ses cadres réglementaires.
Élu en décembre dernier Président d’Asian Art in London, Mark Slaats s’impose aujourd’hui comme l’une des figures actives de la scène internationale des arts asiatiques. Il exposera du 5 au 8 juin prochain à la Galerie Charpentier, à l’occasion de la neuvième édition du Printemps Asiatique Paris.
Comment décririez vous aujourd’hui l’identité de Slaats Fine Art ?
La galerie est profondément ancrée dans le champ des arts asiatiques, mais nous refusons toute lecture segmentée entre ancien, moderne et contemporain.
Nous présentons aussi bien des œuvres historiques majeures que des artistes actuels, dans une continuité assumée.
Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont les résonances : les correspondances formelles, les permanences techniques, les transmissions parfois discrètes qui traversent les siècles.
L’histoire de l’art asiatique n’est pas faite de ruptures nettes, mais de circulations des formes, des matériaux, des savoir-faire.
On le voit, par exemple, dans le travail de Yinglong Li : sa pratique du plique-à-jour dialogue à la fois avec la tradition du cloisonné chinois et avec celle de l’émail occidental. De la même manière, la laque ou la peinture à l’encre ne relèvent pas d’un héritage figé ; ce sont des pratiques vivantes, continuellement réinterprétées.

Yinglong Li
Illuminated Traditions II
Après une longue carrière chez Littleton & Hennessy, vous avez fondé Slaats Fine Art en 2016. Qu’est-ce qui a motivé cette transition ?
Après de nombreuses années au sein d’une galerie établie, j’ai ressenti le besoin de développer un projet plus personnel. La création de Slaats Fine Art m’a permis de définir une ligne curatoriale fondée sur mes propres centres d’intérêt.
Il s’agissait pour moi d’aborder les arts asiatiques dans une perspective plus transversale, attentive aux continuités entre les périodes et aux circulations des formes et des techniques.
Vous exposerez du 5 au 8 juin prochain à la Galerie Charpentier. Pour sa 9ème édition, le Printemps Asiatique Paris franchit une étape décisive de son développement en installant son salon d’art asiatique à la Galerie Charpentier après quatre années à la Pagode de la rue Monceau. Dans ce nouveau cadre, comment concevez-vous votre proposition cette année ?
Paris a toujours constitué pour nous un rendez-vous important dans le calendrier de l’art asiatique, et l’exposition à la Pagode en 2025 fut particulièrement marquante. Le bâtiment lui-même est chargé d’histoire, l’art asiatique étant inscrit dans sa structure même.
Pour 2026, nous sommes particulièrement heureux de participer à cette nouvelle étape du développement de Printemps Asiatique. La Galerie Charpentier offre un cadre d’exception et nous prévoyons d’y présenter plusieurs artistes asiatiques contemporains émergents représentés par Slaats Fine Art, en dialogue avec des œuvres et sculptures chinoises. L’établissement de ces correspondances entre différentes périodes constitue un élément central de notre approche curatoriale.

Une rare boîte à trésor impériale en laque de cinabre à décor de « lions bouddhiques », avec son couvercle (marques à six caractères de l’ère Qianlong et à quatre caractères « Suanni Baohe ».
Votre travail couvre à la fois l’art asiatique ancien et contemporain. Qu’est-ce qui guide votre regard lorsque vous découvrez une œuvre pour la première fois ?
La qualité et le talent ne connaissent pas d’époque. Qu’il s’agisse d’une sculpture en pierre de la dynastie des Qi du Nord datant du VIᵉ siècle ou d’une peinture contemporaine, la maîtrise de l’artiste ou de l’artisan s’impose d’emblée.
Au-delà des périodes et des catégories, une œuvre doit avant tout susciter une émotion, cette réaction immédiate, presque instinctive, qui précède toute analyse.
Vous avez récemment été nommé Président de l'Asian Art in London. Quelles sont vos ambitions pour l’événement et, plus largement, pour la scène londonienne de l’art asiatique ?
Asian Art in London joue un rôle déterminant en réunissant marchands, collectionneurs, conservateurs et institutions du monde entier, et a largement contribué à affirmer la position de Londres comme l’un des principaux centres internationaux de l’art asiatique.
L’une de ses forces majeures réside dans l’étendue des expertises représentées chaque année par les galeries et maisons de ventes participantes. Les intervenants comptent parmi les références de leurs domaines, qu’il s’agisse de l’art indien et islamique avec Runjeet Singh et Amir Mohtashemi, des antiquités et textiles chinois avec Eskenazi et Jacqueline Simcox, ou encore des programmes contemporains portés par des galeries telles que Schoeni Projects et Lloyd Choi Gallery, pour n’en citer que quelques exemples.
À l’approche de son trentième anniversaire, notre ambition est de consolider ces acquis, en favorisant une collaboration accrue, en élargissant les publics et en veillant à ce que Londres demeure un centre dynamique et de premier plan pour l’ensemble des arts asiatiques.
Comment percevez-vous la relation entre Asian Art in London et Asia Week Paris ? En quoi ces deux événements sont-ils complémentaires ?
Les deux événements font partie d’une communauté internationale soudée réunissant spécialistes et passionnés d’art asiatique.. Ils se complètent en s’adressant à des publics distincts, tout en partageant un engagement commun en faveur de la recherche, de l’exigence qualitative et d’un dialogue éclairé.
Le renforcement de ces connexions transfrontalières est essentiel pour préserver et affirmer le rôle de l’Europe comme pôle à la fois historique et résolument tourné vers l’avenir dans le domaine des arts asiatiques.
À l’avenir, comment envisagez-vous l’évolution du dialogue entre Paris et Londres autour de l’art asiatique dans les années à venir ?
Nous vivons une période de profondes recompositions à l’échelle mondiale, où la coopération s’impose plus que jamais comme une nécessité.
Dans le domaine des arts asiatiques, en nous appuyant sur des relations établies de longue date avec nos collègues à Paris et à travers l’Europe, nous percevons un potentiel significatif pour approfondir les échanges. La mobilité croissante des collectionneurs et des institutions entre Londres et Paris crée des conditions favorables au développement d’initiatives communes, de dialogues interinstitutionnels structurés et de projets menés en partenariat.
Ces dynamiques contribuent à consolider la position de l’Europe au sein du paysage international de l’art asiatique, en affirmant à la fois son héritage et sa capacité d’innovation.
En définitive, l’art demeure un espace de convergence : il offre un cadre de compréhension et de partage qui transcende les frontières, les différences et les incertitudes contemporaines.

Nous concluons souvent nos entretiens par un coup de cœur artistique récent — une œuvre, un lieu, une exposition ou un livre. Accepteriez-vous de partager le vôtre avec nous ?
Je suis particulièrement attentif aux expositions qui mettent en regard des œuvres asiatiques historiques et des créations contemporaines. Lorsque ces correspondances deviennent visibles, à travers le temps, les cultures et les médiums, elles rappellent combien ce domaine demeure vivant et stimulant.
Un exemple récent est l’exposition Dimensions: Contemporary Chinese Studio Craft au V&A, ouverte en novembre en étroite collaboration avec « Asian Art in London ». Elle retrace le développement des pratiques d’atelier en Chine depuis les années 1980 et met en lumière la richesse des expressions contemporaines — en porcelaine, verre, laque, métal ou textile — tout en montrant clairement leur ancrage dans les grandes traditions artisanales chinoises.
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